Son ilusiones

Auteure réalisatrice : Julie Nguyen Van Qui
Genre : Documentaire
Durée prévisionnelle : 45 minutes
Synopsis : Alba, Carlos et leur bande grandissent dans une grosse ville vide en brique, posée au milieu d’un désert de Castille. Ils habitent malgré eux dans le rêve inachevé d’un millionnaire mégalomane. Entre deux virées dans les rues dépeuplées et les terrains arides environnants, ils conversent sur l’amour, la vie et planifient leur avenir ou une évasion. Parfois ils croisent Arturo, un retraité qui s’invente mille activités pour tromper l’ennui. Pendant ce temps, Jesus, gardien d’immeuble, veille grâce aux caméras de surveillance sur les perspectives vides et les manifestations ponctuelles de présence humaine. Un fermier et ses chevaux, des japonais égarés, un père noël et un cosmonaute rythment ces apparitions.

Un mot de la réalisatrice : Dix ans après l’explosion de la bulle immobilière en Espagne, la vie qui s’est développée à El Quiñon, « ville-fantôme » symbole de la crise, ressemble à celle d’un village de l’intérieur du pays comme j’en ai vu beaucoup. Le temps et les ombres s’y étirent à l’infini, la chaleur y est écrasante en été. Comme ces villages, elle est dépeuplée mais pas résignée au silence, la vie sociale est naturellement présente, les générations se mélangent, les voix des habitants parlent fort et habillent l’espace, lui donnent une âme. Mais ce qui frappe ici, c’est qu’à la différence des maisons basses ouvertes sur la rue, l’architecture de El Quiñon est celle des grands ensembles impersonnels, froids et sur-sécurisés où tout est fait pour que chacun reste chez soi. Elle est emblématique de ces lieux aberrants nés du capitalisme sauvage qui poussent partout sur la planète. L’isolement de la campagne et la solitude de la ville réunis en un seul endroit. Alors vivre ici et s’autoriser à rêver, c’est forcément résister.
Parmi les 3000 personnes qui y habitent sur les 40000 prévues, une première génération d’enfants a grandi là, aujourd’hui adolescents. El Quiñon commence à écrire son histoire, étrange et en marge, mais inévitablement ancrée dans ce début de millénaire. Face à l’absurdité des lieux, c’est la fantaisie, la spontanéité des habitants et les liens qu’ils tissent entre eux qui s’imposent comme des antidotes fragiles mais ô combien précieux.